A closer look at the pornography of existence

Saturday, February 25, 2006

Un journal gratuit qui traîne par terre sous la pluie

Le samedi, une tristesse particulière m'envahit : je suis incapable d'adopter une perspective sur le monde qui m'entoure et les événements qui s'y déroulent, car le 24 Heures et le Métro ne paraissent pas. Si quelqu'un me demande mon avis sur un événement ayant eu lieu dans la journée de vendredi, je hausse les épaules d'un air embarassé. Si, par contre, on me fait part de quelque chose qui s'est déroulé le mercredi, ça donne ceci :

-C'est terrible cette pluie de poules décapitées au Kenya, non ?

-Ah oui ! Terrible.

Sérieusement, depuis quand peut-on se considérer comme un individu informé quand on prend un petit cinq minutes, le matin dans le métro, pour parcourir d'un oeil distrait une revue de presse où dominent des gros titres expéditifs ? Avec le nombre réduit de pages dont disposent ces "publications", il est difficile d'aller en profondeur à propos de quoi que ce soit, et une sélection des "nouvelles" doit être effectuée. Et que laisse-t-on de côté ? La plupart des manchettes qui ne sont pas "grand public". Qu'est-ce qui est "grand public" ? Des nouvelles d'intérêt général. Et quand on connaît le moindrement la société dans laquelle on évolue, on sait que l'intérêt général, ça ne vole pas haut et ça ne va pas très loin.

On se demande donc à quoi servent ces quotidiens, dont le nombre de pages augmente à une vitesse alarmante, si ça n'est à joncher le sol des wagons de métro, tuer des arbres, et contribuer au look "conscientisé" de Johnny Everyday pendant son périple quotidien vers Ville Saint-Laurent.

Il est établi que le 24 Heures, publié par Québécor, est une info-pub touffue. Placement de produits, publicités à peine voilées pour leurs hebdomadaires trash et leurs émissions de télé minables...

L'être humain moyen écoute la radio, lit un quotidien gratuit le matin, et les "nouvelles" le soir en soupant. On lui répète trois fois, au moins, les mêmes dépêches, qui se contentent souvent d'effleurer le problème et de le vulgariser, voire même souvent le simplifier. Avec la concentration des médias, leur auto-censure et une tendance à privilégier les histoires de chats écrasés aux véritables problèmes de la société, on est en droit de se demander si cet abrutissement collectif n'est pas voulu, et la prochaine étape serait de soupçonner une intention de contrôler la masse.

Il est devenu tellement difficile d'acquérir une stabilité professionnelle de nos jours que beaucoup de gens n'osent pas s'élever contre cette situation; par exemple, je ne connais aucun employé de Québécor étant idéologiquement en accord avec son employeur. Est-ce qu'un seul d'entre eux le décrète publiquement ? Je crains que non.

Tout ça pour dire que le seul avantage de ces journaux-poubelle, le matin dans le métro, est sans doute que les gens parlent moins de futilité entre eux. Mais est-ce qu'un monde où les gens vivent repliés sur eux-même dans un semblant d'ignorance est préférable ? Je vous laisse trancher la question, car j'ai oublié mon couteau à la maison.

*

J'ai rêvé toute la nuit à des choses barbares, brutales et déroutantes. J'étais dans un Canadian Tire et je me battais avec tous les préposés. J'étais invincible et je cassais la gueule de tout le monde ! Il a fallu qu'ils fassent appel à une femme énorme, massive, qui avait sur le bout du nez des lunettes de myope d'une épaisseur incroyable; je savais qu'elle m'aurait broyé sans efforts mais j'ai empoigné ses lunettes et je les ai garrochées au bout de mes bras, et elle ne me trouvait plus dans la cohue. That takes care of it !

J'ai aussi rêvé que j'avais un chien hypersensible. C'était un bâtard labrador / berger allemand. Il se sentait négligé par mon père - chez qui j'habitais, visiblement - et on avait de grandes discussions sur son sentiment d'exclusion, étendus sur sa couche, dans une étreinte homme / chien savoureuse. Il m'envoyait des courriels poétiques.

Je ne sais pas ce que j'ai mangé pour que mon subconscient se déchaîne de la sorte... Mais il est parfois essentiel de se reconnecter avec le déroutant bordel règnant dans notre tête. On n'a pas besoin d'un thérapeuthe quand on est en mesure de se distancier de nous-mêmes.

1 Comments:

Blogger Mongola Batteries said...

Je suis bien d'accord avec toi pour dire que ces journaux existent pour donner l'impression d'être informé alors qu'ils sont plutôt des supports à publicité. Même je suis horrifiée de voir les gens les ramasser machinalement pour les effeuiller à la vitesse de l'éclair et les pitcher au bout de leurs bras dès qu'ils sont à destination, je suis tout de même étonnée que des lecteurs prennent la peine d'écrire pour réagir à certains sujets. C'est pas grand chose, mais ça me réconcilie un peu avec ce phénomène de société, même si je doute parfois que ces lettres soient une pure fabrication des dirigeants du journal...
Pour ma part, je vois ces 2 publications comme ma dose de trashitude quotidienne qui me rappelle pourquoi je n'allume jamais ma télévision.

5:44 PM

 

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